Il y a un sujet dont je ne vous ai jamais parlé ici, et je crois qu'il le mérite.
Le marché du travail a changé.
Je l’ai remarqué vraiment la première fois en postant une offre d'emploi en ligne il y un an: je reçois un nombre de réponses énorme.
Mais surtout, je remarque autre chose: il y a des tâches que j'aurais délégué à d’autres personnes il y a deux ans et que je n'ouvre plus, simplement parce que l'IA permet à mon équipe de couvrir ces tâches sans embaucher quelqu'un en plus.
Et autour de moi, des amis jeunes et bien diplômés cherchent pendant des mois, alors qu'il y a cinq ans ils auraient signé tout de suite.
J'ai cru que c'était une impression. J'ai regardé les chiffres. C'est réel, et c'est plus étrange que je ne pensais.
Je me suis dis que j’allais vous partager quelques éléments que je pense important de savoir:
En surface, tout va bien (dans l’idée)
Le chômage suisse est très bas. Il tourne autour de 2 à 3%, un des plus faibles d'Europe (Guide emploi Suisse, ibani).
Si vous vous arrêtez là, vous concluez qu'il ne se passe rien. Le problème, c'est que ce chiffre cache l'essentiel.
Les juniors ne trouvent plus, mais on ne les licencie pas
C'est le point qui m'a le plus surpris.
En Suisse, les offres pour jeunes diplômés ont baissé de 32% par rapport aux années d'avant (Rapport jobs.ch IA 2026). Un moins de 30 ans met aujourd'hui 3,2 mois à trouver un poste, contre 2 mois un an plus tôt (Baromètre du marché du travail 2026, Blick).
Mais attention: les jeunes ne représentent que 2% des licenciements (même source, Blick).
Donc le problème n'est pas qu'on les renvoie, pour les “remplacer par l’IA”. C'est qu'on ne les embauche plus. Les tâches de débutant, les premières analyses, les brouillons, la saisie, c'est exactement ce que l'IA fait bien. Du coup le premier poste, celui par lequel on apprenait un métier, se fait rare. Et ça ne se voit pas dans les statistiques, parce qu'une porte qui reste fermée ne fait pas de bruit.
(le truc, c’est que c’est pas évident de devenir senior sans avoir l’opportunité d’être junior d’abord…)
Même l'informatique a basculé
Pendant des années, on a dit aux gens d'aller vers l'informatique. C'était le pari sûr.
Ce n'est plus vrai. swissstaffing l'écrit clairement: la pénurie de main-d'œuvre dans l'informatique est terminée. Le chômage dans l'IT est même monté au-dessus de la moyenne suisse .
À l'inverse, des métiers qu'on disait menacés se portent très bien. Électriciens, menuisiers, métiers du soin: la demande reste forte, parce que l'IA ne sait pas faire leur travail.
L'autre moitié de l'histoire est plutôt bonne
Je ne veux pas vous laisser avec une mauvaise nouvelle, parce que ce serait malhonnête. Il y a un vrai côté positif.
En six ans, les offres d'emploi qui demandent des compétences en IA ont été multipliées par dix en Suisse (PwC AI Jobs Barometer, via On Future). Et le plus parlant: à poste équivalent, savoir utiliser l'IA rapporte en moyenne 56% de salaire en plus (PwC, via PME Magazine).
Autrement dit, le marché ne se réduit pas. Il se coupe en deux. D'un côté ceux qui utilisent l'IA et gagnent en valeur. De l'autre ceux qui la subissent.
Ce que j'en retire, sans prétendre avoir la réponse
Il y a énormément à dire là-dessus, et honnêtement chaque métier mériterait qu'on s'y arrête séparément, parce que l'IA n'y joue pas du tout le même rôle. Je ne vais pas faire semblant d'avoir une solution toute faite.
Mais une chose me paraît claire:
l'enjeu est énorme, et c'est justement pour ça qu'il vaut la peine de comprendre ce que l'IA fait déjà, concrètement, pour mieux voir ce qu'elle sait faire et ce qu'elle ne sait pas faire.
La question qui m'aide, et qui vous aidera peut-être aussi, n'est pas "est-ce que l'IA va prendre mon rôle". Personne ne peut y répondre honnêtement.
C'est plutôt:
Dans mon métier à moi, qu'est-ce qu'elle fait déjà à ma place, et qu'est-ce que je fais qu'elle ne sait pas faire?
La peur est là, je ne vais pas la balayer. 41% des moins de 25 ans en Suisse craignent de devenir inutiles à cause de l'IA.
Elle est compréhensible.
Mais elle aide rarement à y voir clair.
Regarder calmement où on est exposé, et où on a un avantage, aide beaucoup plus.
À bientôt,
Salim
P.S. je sais que ce sujet touche beaucoup de monde, et je préfère le creuser avec vous que tout seul dans mon coin. Si vous l'avez vécu, si vous avez des questions, des craintes, ou juste une expérience à partager, répondez-moi directement. Je lis tout. J'essaierai de répondre, et dans tous les cas ça nourrira ce que j'écrirai ensuite.





