Si vous passez un peu trop de temps sur les réseaux sociaux, vous avez sans doute l'impression que tous les emplois vont disparaître d'ici mardi prochain.
Respirons.
Non, les emplois ne vont pas disparaître d'un coup. Mais quelque chose de réel est en train de se produire, et ce quelque chose mérite mieux que la panique ou le déni. Il mérite d'être compris, parce qu'une fois compris, il devient une opportunité. Y compris pour vous, y compris cette semaine.
Je vous préviens tout de même : ce que je vais vous dire n'est pas forcément ce que vous avez envie d'entendre. On vous a beaucoup promis que l'IA allait travailler à votre place. C'est à moitié vrai. Et c'est justement l'autre moitié qui va faire toute la différence.
Voici la version calme et honnête de ce qui change.
Mais avant de commencer, un mot important pour une partie d'entre vous:
Si vous investissez ou dirigez une entreprise, et que vous avez des décisions importantes à prendre dans les mois qui viennent, je vous invite à découvrir The Ergon Report, que vous pouvez désormais recevoir gratuitement pendant 30 jours.
Chaque semaine, vous y recevez une analyse privée profonde mais digeste de ce que l'IA fait vraiment aux entreprises, aux métiers et aux marchés, pour que vous puissiez trancher juste sur les décisions qui compteront dans les dix prochains mois. Des centaines de dirigeants suisses et francophones sont déjà inscrits (leurs avis à la fin du mail).
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Le « bien » d’avant devient gratuit
Pendant toute notre vie professionnelle, une règle implicite a tenu bon : faites « bien », et vous serez récompensé. Celui qui passait un week-end à peaufiner son dossier de candidature sortait du lot. Faire « bien » demandait du temps, et ce temps était visible dans le résultat.
Mais il faut être honnête sur ce que « bien » a toujours voulu dire.
« Bien » n'a jamais été une barre fixe. C'est une position dans un classement. La vie professionnelle est un concours caché : on vous annonce une barre à franchir, mais en réalité, on prend les meilleurs, peu importe où se situe la barre.
J'en ai eu la démonstration à l'EPFL. Officiellement, il faut 4 sur 6 pour réussir un examen. En pratique, les notes sont ajustées sur une gaussienne : le barème bouge jusqu'à ce que la distribution ait la forme voulue. Le 4 ne veut rien dire dans l'absolu. Il veut dire « meilleur qu'une certaine fraction de la volée ». La barre suit le niveau du groupe.

Le monde du travail fonctionne exactement pareil, sans jamais l'afficher.
Et dans un concours, la moyenne est invisible. Ce qui impressionne aujourd'hui sera le minimum attendu demain.
L'IA ne supprime donc pas votre valeur. Elle relève le niveau moyen du concours, et par conséquent elle relève ce que « mieux » exige de vous.
La bonne nouvelle : ce cran supplémentaire est accessible. Il demande juste de réinvestir intelligemment le temps que l'IA vous fait gagner.
Une question à vous poser dès maintenant : la dernière fois que vous avez produit quelque chose d'important (candidature, offre, présentation), à quoi l'avez-vous comparé ? À votre propre standard, ou à ce que les autres personnes de la pile allaient envoyer ?
L'erreur : économiser l'effort. La stratégie : le déplacer.
Prenons l'exemple le plus concret qui soit, la recherche d'emploi.
Réflexe naturel : « L'IA me fait mon CV en dix minutes, formidable, j'ai gagné trois heures. » Et ces trois heures s'évaporent.
Réflexe gagnant : « L'IA me fait mon CV en dix minutes, formidable, j'ai trois heures à investir là où personne d'autre ne les investit. »
Et là, les options sont nombreuses :
Le candidat en marketing qui, au lieu d'envoyer une lettre de motivation, envoie une analyse d'une page de la présence en ligne de l'entreprise avec trois recommandations.
Le comptable qui prépare un mini audit des processus qu'il pourrait améliorer.
Le développeur qui construit en un week-end un petit outil qui répond à un problème visible de l'entreprise visée.
La cheffe de projet qui documente, chiffres à l'appui, un projet passé sous forme d'étude de cas d'une page.
Un CV dit « voici ce que j'ai fait ». Un projet dit « voici ce que je ferai pour vous ». Le premier est désormais produit en masse. Le second reste rare, précisément parce qu'il ne peut pas être généré : il demande de comprendre l'entreprise, le poste, le problème.
Et notez bien : ce raisonnement vaut à l'identique pour celui qui cherche un poste, celui qui cherche des clients en indépendant, et celui qui veut simplement rester précieux dans son poste actuel.
À tester cette semaine (5 minutes), copiez ce prompt dans votre IA préférée :
« Voici le poste (ou le client) que je vise : [décrivez-le]. Voici mon profil : [résumez-le]. Réponds en deux temps. D'abord, décris ce que 90 % des candidats dans ma situation vont envoyer. Ensuite, propose cinq choses qu'aucun d'eux ne fera, réalisables en moins de trois heures chacune, qui démontreraient concrètement ma valeur pour ce poste. »
Le premier temps vous montre la moyenne. Le second vous montre où loger votre effort.
Les deux compétences à cultiver dès maintenant
Si la production est devenue facile, qu'est-ce qui reste difficile ? Deux choses. Et ce sont elles qu'il faut délibérément développer.

1. Le goût : savoir reconnaître le « mieux »
Quand tout le monde peut produire dix versions d'un document, la compétence décisive devient la capacité à identifier laquelle des dix est la bonne. À voir ce qui manque. À sentir ce qui est générique et ce qui est juste.
Cela porte un nom un peu abstrait, le goût, mais cela se développe de manière très concrète : en s'exposant à l'excellence de son domaine.
Concrètement : créez un dossier avec les trois meilleurs exemples de votre domaine que vous puissiez trouver (le meilleur rapport que vous ayez lu, la meilleure présentation, la meilleure candidature). Puis, à chaque production importante, donnez votre document et l'une de ces références à votre IA avec cette consigne : « Liste tout ce que la référence fait et que mon document ne fait pas. » L'IA est excellente pour repérer les écarts. Mais c'est vous qui déciderez lesquels comptent, et c'est précisément cet arbitrage, répété, qui forme le goût.
2. La confiance : faire en sorte qu'on vous choisisse
La deuxième compétence est celle que les profils techniques négligent le plus, et c'est pourtant elle qui décide à la fin. Produire quelque chose d'excellent ne sert à rien si personne ne le sait. Votre visibilité, votre réputation, la preuve publique de ce que vous savez faire : voilà l'actif qui prend de la valeur à mesure que la production en perd.
Là encore, inutile de viser la lune. Il ne s'agit pas de devenir influenceur. Il s'agit, modestement, de laisser des traces vérifiables de votre compétence. Le jour où deux candidatures équivalentes arrivent sur un bureau, celle qui est accompagnée d'une preuve visible gagne. Toujours.
Trois questions, répondez par oui ou par non :
Si l'on tape votre nom dans un moteur de recherche, trouve-t-on une preuve de ce que vous savez faire ?
Votre profil LinkedIn contient-il au moins une réalisation concrète et vérifiable, et pas seulement des intitulés de poste ?
Existe-t-il quelque part une chose que vous avez construite, écrite ou documentée, que vous pourriez envoyer en un seul lien ?
Trois non ? Voilà votre chantier prioritaire, bien avant de retoucher une énième fois votre CV.
Ce qu'il faut retenir
L'IA n'a pas rendu vos compétences obsolètes. Elle rend la production de certaines choses banale, et par conséquent elle déplace la valeur vers l'amont (savoir quoi produire, et le produire mieux que les autres) et vers l'aval (faire savoir, et inspirer confiance).
Le concours a toujours été caché. L'IA n'a fait qu'en relever le niveau moyen. Ceux qui souffriront sont ceux qui continueront d'économiser l'effort. Ceux qui prospéreront sont probablement ceux qui le déplaceront.
Si le raisonnement de ce mail vous a parlé et que vous prenez, en tant qu'investisseur ou dirigeant, des décisions où l'IA pèse déjà, The Ergon Report prolonge chaque semaine exactement ce type d'analyse, en plus profond. Mais plutôt que de vous le vendre moi-même, voici ce qu'en dit un lecteur venu, à ma grande surprise, de Nouvelle-Zélande :
Je recommande l'Ergon Report à tous les chefs d'entreprise que je rencontre dans mon métier de facilitateur d'achat d'entreprise en Nouvelle-Zélande, pour les préparer à l'arrivée de l'IA dans les entreprises. Les Ergon Reports permettent d'avoir une vision globale et un retour d'expérience documenté sur ce qui fonctionne et ce qui ne fonctionne pas. Je le recommande vivement.
95 % de nos lecteurs sont en Suisse ou en France. Quand la recommandation arrive de l'autre bout du monde, c'est sans doute le signe que le raisonnement voyage bien.
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À très vite,
Salim





